Pourquoi est-ce qu’un album rencontre du succès ou pas ? La qualité ? Le réseau de distribution de la maison de disques ? Le passage en radio ? La promotion TV ? La chance ?
Certainement un cocktail savant de tous ces ingrédients . Un seul de ces critères n’est pas suffisant en soit.
Qu’en fut-il pour KAK, groupe fondé par Gary Yoder en 1967 à Sacramento (Californie) ?
Leur album éponyme, paru sur Epic en 1969 n’avait pour lui que la qualité des morceaux. Il n’avait aucune chance. Et pourtant… dès la mise en bouche avec "HCO 97658" le ton est mis : des guitares
virevoltantes, une mélodie ciselée par des Artistes (pas des plagieurs), des voix caractéristiques, un son unique. Le trépidant voyage se poursuit sur une inspiration jamais mise en défaut que ce
soit sur les morceaux mid-tempos comme "Disbelievin'", ou "I’ve got time" ou sur ceux plus rapides, par exemple "Everything’s changing", "Electric sailor" ou "Rain". L’album se termine sur un
long morceau, "Lemonaide kid" , qui vous laisse exsangue.
Tous les titres ont un potentiel commercial qui parait aujourd’hui une évidence, mais pas pour leur label qui ne fit aucun effort pour faire connaître KAK.
Si le 33t original est très rare, il a d’abord été réédité au début des années 90 en vinyle par Epic (remord ?) puis en CD par Big Beat en 1999 avec, cerise sur le gâteau, 11 morceaux inédits ou
introuvables, 6 de Kak et 5 de Gary Yoder en solo.
Un album essentiel du son West Coast et du rock late 60s en général. Tout simplement.
Mini-classique de la pop psychédélique des sixties adoubé par Lennon, "Playback" est l’oeuvre collective des frères John et Terence (ou Terry) Boylan.
Terence semble néanmoins le principal investigateur de ce projet. Il développe son goût pour la musique et l’écriture dès ses plus jeunes années. Il commence sa carrière à l’âge de 12 ans au sein
de The PreTeens qui se produit au "WBNY’s Buffalo Bob’s Radio Show". En 1962, il rejoint Greenwich Village et sa rencontre avec Bob Dylan décuple ses ambitions et ses envies personnelles.
En 1967, il décroche un contrat avec MGM/Verve Records. Mais avant de se lancer dans une carrière solo, il fait appel à son frère John pour l'assister dans la réalisation d'un concept album.
Ces duettistes laissent libre cours à leur imaginaire et à leur créativité. Au final, "Playback" est un collage surprenant de miniatures pop, de fragments de chansons, de bruitages /
montages sonores et de récits.
Par la suite, Terence enregistrera quelques albums sous sa véritable identité dont "Alias Boona" - titre tiré de son surnom - qui propose une belle galerie de folk songs et qui bénéficie de la
participation de musiciens de prestige : Donald Fagen and Walter Becker, futurs Steely Dan.
John se lancera dans une carrière de producteur, deviendra le manager de Linda Ronstadt et prendra en main les Eagles (il décrochera leur premier contrat discographique).
A ma connaissance, cet album n’a jamais fait l'objet d'une réédition CD.
Bienvenue dans le long trip hallucinatoire et stupéfiant "Mind Flowers", chanson mystique et incantatoire d’une des formations les plus symboliques du Psychédélisme US : Ultimate Spinach.
Représentant du "Boston Sound" (ou "Bosstown sound") – considéré comme une alternative publicitaire aux mouvements musicaux légitimes de San Francisco et de Los Angeles -, Ultimate Spinach, au
nom farfelu voire risible, a enregistré trois albums dans la deuxième moitié des sixties. Sous l’influence de Ian Bruce-Douglas, la formation signe ses deux meilleurs albums "Ultimate Spinach" et
"Behold and See" en 1968. Malgré une grandiloquence avérée, ces deux tentatives discographiques, conspuées à l'époque par la critique, affichent des qualités compositionnelles originales et
denses et une interprétation alambiquée et parfois surréaliste, véritable invitation à un voyage cosmique.
Après l’éviction de plusieurs musiciens puis le départ de Ian Bruce-Douglas, leur producteur Alan Lorber reprend les manettes et recrute de nouveaux musiciens pour épauler Barbara Hudson,
seule "survivante". Cette formation rénovée enregistre un troisième album en 1969, patchwork conventionnel de pop, heavy psyché et rock.
Paul Klee, peintre-poète visionnaire, n’avait sans doute pas imaginé qu’un groupe répondant au nom de "The National Gallery" allait, 28 ans après sa mort, transposer dix de
ses peintures en recherches sonores colorées et éblouissantes.
Inventeur de la "Pop-Art", "The National Gallery" est le fruit de l’imagination d’un tandem de Cleveland : Chuck Mangione, compositeur de jazz et Roger Karshner, producteur / arrangeur local.
Appelées “electronic paintings” par leurs créateurs, ces dix chansons, naviguant entre pop, folk et rock psychédélique, restituent à merveille l’univers poétique, complexe et abstrait de ce
peintre d’exception.
Elles évoquent tour à tour les thèmes qui hantent son œuvre féconde (son catalogue est estimé à plus de neuf mille titres) : le rêve "Diana In The Autumn Wind", l’harmonie des couleurs "A Child’s
Game", l’irrationnel "Barbaric, Classical, Solemn" (mêlant beat hip-hop et vocaux éthérés), l’exotisme "Fear Behind The Curtain",…
Avec ce disque, la peinture de Klee échappe à notre regard au profit d'une perception plus concrète et évocative. Simplement superbe.
La compilation "Nuggets", confectionnée par Lenny Kaye en 1972, a contribué à sortir de l’oubli un genre musical, complètement passé de mode : le garage / punk rock. Face à cette effervescence
populaire pour ces groupes obscurs, les maisons de disques sauront exploiter, de manière outrancière, ce nouveau filon. Suivront de nombreuses séries "Pebbles", "Back from the Grave",…, "Sixties
Rebellion" pour les plus connues.
Il faut bien reconnaître aujourd’hui, avec le recul, que cette mine d’or a livré sa richesse de manière parcimonieuse au fil des publications, listées sur le site "Turn Me On, Dead Man".
Une quête acharnée permet de dénicher quelques belles pépites, notamment ce "That Lonely Road", oeuvre d’un groupe d’adolescents appelé "Edges Wisdom".
Merveilleuse anomalie des eighties, "So Far" déconcerte par sa beauté et son intimité atemporelle.
Hans Pokora ne s'y est pas trompé, plébiscitant l'album de Bob Theil dans l'édition 2005 de l'ouvrage de référence de tous les collectionneurs "4001 Record Collector Dreams".
Bob Theil a réussi une oeuvre singulière, presque intimidante, où il démontre sa parfaite maîtrise d'un folk acoustique d'une grande pureté qui semble puiser ses racines chez Roy Harper, Bert
Jansch ou encore Perry Leopold.
Son style est clairement influencé par le fingerpicking. Sa douze cordes cisèle des arpèges enluminés et flamboyants alors que sa voix désespérée et sublime, gorgée d'introspection, donne des
frissons.
Une merveille absolue à se procurer de toute urgence...
Père fondateur du rock en Corée du Sud, l’insoumis Shin Jung Hyun refuse de vendre son âme au régime totalitaire et militaire, dominé par Park Chung Hee.
Sollicité pour écrire une éloge musicale sur la maison présidentielle (The Blue House), il écrit à la place, en une semaine, une ode à la nature et aux paysages de son pays "Beautiful Rivers and
Mountains", considérée comme une des plus envoûtantes et fascinantes chansons psychédéliques jamais enregistrées en Corée du Sud.
Shin Jung Hyun fait ses premières gammes en 1955 et forme, en 1962, le premier combo rock’n’roll coréen "Add 4". Mais c’est avec son groupe "The Men" que sa musique évolue, plus
expérimentale, à mi-chemin entre psychédélisme et progressif. lls enregistrent en 1972 / 1973 deux albums "Seo Yu-Seok" et "Yang Hee-Eun".
Shin Jung Hyun sera arrêté, officiellement, pour détention de Marijuana et ses chansons bannies. Il sera réhabilité dans les années 80 après l’assassinat de Park Chung Hee en 1979.
La longue pièce, en écoute, "Korean A2" est une composition unique et indescriptible, aux frontières des genres les plus audacieux.
Définir ce qui fait le caractère remarquable d’un arbre n’est pas une chose aisée. Pour un disque, c’est un peu pareil, les critères d’appréciation sont variables, multiples et subjectifs. Comme
un arbre, un album peut paraître quelconque parmi ses semblables au milieu d’une forêt de références, mais isolé, il sera distingué par sa rareté et pourra prendre une valeur symbolique.
Sorti de l’hibernation par le label Fallout, l'album éponyme de "Green" est une essence musicale aux branches tortueuses. Seuls les défricheurs les plus ardents de l’époque ont pris le temps de
respirer son doux parfum pop / rock.
Cette formation arbore des compositions dynamiques et ambitieuses aux sons parfois insolites - un cor gambadant vient chahuter une guitare rageuse – et délivre de tendres et délicates ballades.
Un seul point d’achoppement à la qualité de ce disque : les vocaux manquent de plénitude, de relief et d’émotion.
Ces cinq musiciens escaladent néanmoins les cîmes du psychédélisme avec brio et beaucoup d’habileté.
Cette première réédition officielle des enregistrements de "The Mirage" met fin à une longue traversée du désert, entamée en 1968, après leur séparation.
Devenue réalité auditive, cette collection de chansons (la plupart non endisquées pendant la période d’activité du groupe de 1965 – 1968) n’est peut être pas l’oasis de Mara mais est assez
rafraîchissante pour poser son bivouac le temps d’une écoute.
Jusqu’à cette reproduction numérique, "The Mirage" était principalement authentifié pour son excellent simple "The Wedding of Ramona Blair" et ses accointances avec "The Hollies".
A travers ce circuit en dromadaire, vous vous laisserez envahir par la douce nostalgie de la pop-sike et ces chansons aux charmes surannés en particulier cette "Mrs Busby" qui présente
suffisamment d’attributs pour plaire.
"There Are No Greater Heroes", chanson lucide, résume bien l’état d’esprit de l’unique album de ce trio hippie : un folk minimaliste, dépouillé, empli d’émotion et de sincérité.
Les chansons de "All On The First Day" prennent vie sur un magnétophone multipiste des plus archaïque à l’aube des années 70. Encouragés par leurs amis, Tony, Caro et John rassemblent leurs
économies pour graver leurs compositions préférées sur 33 tours aux studios "Eden", situés au sud de Londres. L’album, pressé à 100 exemplaires, voit le jour en 1972.
30 ans après sa "sortie", le label "Shadoks Music" dévoile enfin, cet objet musical tant convoité par les collectionneurs. Ce disque est à la hauteur de sa réputation : une merveille de
songwriting folk, introspectif et mystique.
Ces chansons, portées par quelques accords d’une guitare acoustique sont enjolivées par des effets électroniques bizarroïdes, une guitare électrique fougueuse ou l’emploi d’instruments baroques
(violon, flûte, harpe,…). Le chant hypnotique de Tony et la voix romantique de Caro dégagent une intensité magistrale et écorchée qui ne peut laisser l’auditeur de marbre, tant l’ambiance
qui en émane se révèle envoûtante.