Façonné sur le même principe que la série "Record Collector Dreams" (trombinoscope de pochettes et cotations), le guide de Philéas Folk possède sa propre trame, bucolique et poétique. La
mini-galette d'Hans Pokora laisse place ici à un papillon, insecte autour duquel se sont cristallisées légendes et croyances antiques.
Symbole de l'immortalité dans la mythologie grecque, ce papillon, malgré sa couleur ambrée, semble appartenir à la catégorie nocturne tant les albums référencés dans ce recueil sont placés sous
le signe du secret et de l'ineffable. Vous y trouverez les plus beaux trésors cachés de notre patrimoine musical : les albums de Season, Un P'tit Fond De Rouge, The Beautiful Losers, Antoine
Tomé, Gwarlan, Christine Corda, Jean-Luc Roudière...
N'hésitez pas à prendre votre envol sur le site de Philéas Folk et à acquérir un exemplaire de "The French Folk
Magic Time Guide", l'outil indispensable pour vos flâneries du dimanche matin.
L'adage est connu : il faut battre le fer quand il est encore chaud...
Jay Bolotin n'a jamais réussi à tirer la couverture médiatique sur sa musique. Pourtant, le temps d'une interview sur le blog Waxidermy, l'homme se livre librement, avec sincérité, évoque son parcours accidenté et ses relations avec l'industrie du disque.
Jeff Hassett ne tarit pas d'éloges sur ce songwriter, devenu soudainement précieux et incontournable de la scène country folk underground .
En bande son, son album se dessine lentement, avec évidence. Le titre d'ouverture "Dear Father" diffuse une mélancolie troublante et fascinante et impressionne par ses qualités techniques.
Le manque d'intérêt que lui ont porté la critique et le public l'a conduit à rester dans l'ombre de ses amis Dan Fogelberg et Kris Kristofferson.
Jay Bolotin est aujourd'hui un xylographe reconnu et plébiscité, ses œuvres trônant dans les musées d'art les plus branchés du continent américain. L'homme n'a pourtant pas renoncé à la musique.
En 2006, il a publié son second album, le stupéfiant "The Songs of Jay Bolotin, Volume One : Shadow of a Beast", distribué par CD Baby. Sa musique et sa voix sont totalement méconnaissables mais
son talent d'écriture est resté intact.
Membre de l'Unité Populaire et figure emblématique de la culture chilienne sous la présidence de Salvador Allende, Victor Jara voit son destin brisé le 11 septembre 1973. Cible de choix pour
Augusto Pinochet, ce militant communiste est emprisonné, torturé et exécuté quelques jours plus tard.
35 ans après, on s'intéresse à nouveau à cette fin tragique et bouleversante avec la
réouverture de l'enquête sur son assassinat par la justice chilienne.
Mais au-delà du martyr et du mythe, ce fils d'agriculteur a imprégné à tout jamais la vie théâtrale et musicale de son pays. Partagé entre ses deux passions jusqu'à la fin des années 60, Victor
Jara privilégie la chanson militante à partir de 1970. Ses compositions se radicalisent, dénonçant avec force le fascisme rampant, le conformisme bourgeois, les inégalités croissantes ou encore
la répression militaire.
Dans cette discographie imposante, l'album "El Verso Es Una Paloma", paru en 1967, constitue, avec le recul, la pierre angulaire de la nouvelle chanson chilienne. Animé par une volonté
d'ouverture et par un désir/une envie de s'affranchir des barrières locales, Victor Jara livre son disque le plus universel et signe une œuvre vivifiante et profondément humaine,
ouverte à tous les dialogues...
Je ne chante pas juste pour chanter, ni pour montrer ma belle voix. Je chante parce que la guitare a du sens, parce qu'elle a raison. Elle a un cœur de terre et des ailes de colombe, elle est
comme l'eau bénite, qui bénit les gloires et les peines. Mon chant s'est fixé à cela. Guitare travailleuse aux odeurs de printemps, ce n'est pas une guitare de riche, ni de rien qui y ressemble.
Mon chant est un échafaudage pour arriver jusqu'aux étoiles. Car le chant prend tout son sens lorsqu'il palpite dans les veines de celui qui mourra en chantant toutes les vérités: je ne cherche
ni les flatteries fugaces, ni la renommée internationale, mais le chant de ce morceau de monde, jusqu'au fond de la terre. Là où tout finit et où tout commence, le chant qui fut courageux
toujours sera un chant nouveau.
Vyto Beleska, personnage énigmatique et inquiétant, a laissé derrière lui deux albums particulièrement adoubés par une petite minorité.
Si son album solo "Tricentennial 2076" (1976) semble réservé à un club très fermé dont je suis infortunément exclu (mettre la main sur cet album relève de l'impossible en raison de sa rareté), sa
première contribution discographique au sein de la formation "First Chips" a bénéficié récemment d'une réédition vinyle.
Intitulé "Volume One" (A Collection Of Early Recordings from Clay Pigeon Productions) , cet objet ne se définit pas comme un véritable album mais comme une compilation des meilleures sessions
d'enregistrement du groupe.
Gravés dans des conditions live, les morceaux de "Volume One", publié en 1972, sont restitués avec un son brut et dense. Ils revisitent les fondements du blues et se permettent des libertés
dans le psychédélisme et le folk.
Stimulé par l'ingestion de fortes doses de psychotropes, le groupe se lâche avec inventivité et intelligence et délivre une musique extrême voire avant-gardiste.
Un disque que l'on peut qualifier d'essentiel sans trop d'exagération...
Delia, final instrumental d'un premier album, s’échappait dans les grands espaces, totalement insaisissable et saisissant de beauté, le genre de musique à donner le vertige à tous les
agoraphobes de la terre.
Pour parachever son deuxième essai solo "40 Miles Past Woodstock” (1971), Jeremy Storch nous livre une nouvelle version de cette chanson, seul au chant et au piano. Delia dégage ici une
douceur apparente, la tension est pourtant palpable, l’humeur sombre, les jérémiades jamais très éloignées.
Storch appartient à cette espèce fragile que sont les loosers magnifiques : deux albums sortis dans une indifférence générale - un chef-d’œuvre absolu, "From a Naked Window", et cet
excellent second album, recueil de chansons intimes et touchantes.
Après ce second échec commercial et une overdose qui failli lui coûter la vie, Storch devient un chantre du judaïsme, ses fidèles ont-ils la chance de vibrer au son d’une de ses
chansons entre deux psalmodies religieuses ?
Ce post n’a pas vocation à être une chronique mais un mea culpa. Une écoute furtive de "Year of The Cat" voilà plus de 10 ans, un sentiment déplaisant, voire d'irritabilité pour un album
considéré comme l’apogée d’une carrière. Le couperet était tombé, le châtiment irréversible : cet artiste était définitivement honni de ma discothèque.
C’est aujourd’hui avec plein de remords que j’écris ces quelques lignes. Le label "Collectors’ Choice Music", fort de ses rééditions, a réveillé ma conscience, venant bouleverser cette
certitude ancrée au fond de mon âme.
J’ignore si ses deux meilleurs albums "Love Chronicles" (1969) et "Orange" (1972) propagent du rock, du folk ou de la pop, mais là n’est pas l'essentiel car les chansons d'Al Stewart sont
vitales, intrinsèquement belles et si obsédantes qu’elles ne peuvent laisser personne indifférent.
Enregistré à l’état civil sous le nom de Philip Darryl Core, David Garrick se passionne dès son plus jeune âge pour Beethoven et Mozart. Totalement hermétique au rock’n’roll, il revendique
son attachement à Mario Lanza, ténor célèbre qui embrassa une carrière lyrique et cinématographique dans les années 40 – 50.
Persuadé de vouloir suivre les traces de l’interprète de "Be My Love", il rejoint la Scala de Milan avec la ferme volonté de devenir chanteur d’opéra. Au bout de deux années, il voit son rêve lui
échapper et jette l’éponge.
De retour dans sa ville natale, Liverpool, il est pris dans l’engrenage de la Beat Music. Il décide alors d’écumer les clubs locaux. Très vite, on lui affuble le surnom de "The Opera
Singer" après une prestation mémorable à la Caverne.
Approché par Robert Wace, manager des Kinks, notre Dandy enregistre un premier simple "Go / When The World Was Our Own” (Piccadilly 7N 35231 - Pye Records) en avril 65. Son premier succès, il le
doit à la reprise de Lady Jane (3ème 45 tours) des Rolling Stones. Surfant sur cette popularité naissante, il rejoint en tournée les Troggs, Gene Pitney et Paul and Barry Ryan.
En 1966, il décroche son plus grand hit composé par Billy Meshel, le catchy "Dear Mrs Applebee". David sort dans la foulée son premier album "A Boy Called David". Il s’ensuivra une longue
liste de singles et un second album en 1968 "Don’t Go Out In The Rain Sugar" qui passeront relativement inaperçus.
La compilation "The Pye Anthology" (pochette en haut à droite), publiée en 2002, retrace son parcours discographique avant son transfuge chez Columbia Records.
Aujourd’hui oublié, ce chanteur à voix a parsemé sur son passage des chansons au charme immédiat, délicatement arrangées. Il serait donc dommage de s’en priver.
Le titre de ce billet fait référence à l'article de Aaron J. Poehler, consacré à J.C. Houvener – alias Nicodemus – auteur de l’album
Spacechild Squall, secret le mieux gardé du folk.
Ma rencontre avec Nicodemus est totalement fortuite, un premier contact sur eBay, une annotation accrocheuse "Numbered reissue (this is #220 out of 500 pressed) from 1995 of his first
LP, semi-legendary acoustic loner folk LP", une enchère instinctive et au final, un disque remporté pour la (modique) somme de 10,49 $.
Bizarrement, un sentiment de regret a surgit après la fin de la vente. Cette sensation s'est complètement dissipée à l’écoute de la stupéfiante chanson "Red Sky" proposée par le blog Waxidermy, insatiable défricheur de raretés.
Spacechild Squall (Zedikiah 1069), enregistré live au Dungeon Hall en 1977, s’anime de contre-pieds mélodiques périlleux. Nicodemus enchaîne huit morceaux acoustiques débridés avec une
inspiration constante et une maîtrise parfaite de la six cordes. Il livre à un public conquis un set éblouissant d’une rare intensité, saisissant de subtilité et de précision. La révélation de ce
début d’année.
Exceptionnellement, l’album est proposé dans son intégralité car notre homme mérite votre reconnaissance et vos applaudissements.